#1 Le Lierre et le Thym du Poète Jean-Pierre Claris de Florian

Cette année plusieurs de nos événements seront axés sur le thème de « l’art et la nature ». La nature regorge d’ingéniosités spectaculaires, Il n’est donc pas étonnant qu’elle suscite notre créativité. Nous avons choisi de vous présenter chaque mois dans notre newsletter un portrait de plante ayant inspiré des artistes.

Lierre - Hedera helixLe Lierre et le ThymThym

Que je te plains, petite plante !
Disait un jour le lierre au thym :
Toujours ramper, c’est ton destin ;
Ta tige chétive et tremblante
Sort à peine de terre, et la mienne dans l’air,
Unie au chêne altier que chérit Jupiter,
S’élance avec lui dans la nue.
Il est vrai, dit le thym, ta hauteur m’est connue ;
Je ne puis sur ce point disputer avec toi :
Mais je me soutiens par moi-même ;
Et, sans cet arbre, appui de ta faiblesse extrême,
Tu ramperais plus bas que moi.

Traducteurs, éditeurs, faiseurs de commentaires,

Qui nous parlez toujours de grec ou de latin
Dans vos discours préliminaires,
Retenez ce que dit le thym.

Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794), “Fables”

A l’instar de Jean de La Fontaine, Jean-Pierre Claris de Florian, fabuliste et romancier, met en scène dans ses fables malicieuses, animaux et végétaux pour illustrer ses morales. Défenseur de l’éthique et s’opposant à l’injustice, il fait partie de ces intellectuels du mouvement des Lumières, tout comme Voltaire, dont il est le petit neveu. C’est ainsi qu’il préfère la vie de poète à celle d’officier à laquelle son statut de noble le destinait. Il rédige en 1782 un poème satirique « Voltaire et le serf du Mont-Jura » dans lequel il condamne le servage. Cette œuvre lui vaudra d’ailleurs la reconnaissance de l’Académie Française.

Sont-ce les jardins du château de Ferney de Voltaire où Florian séjourna durant son enfance qui lui inspirèrent ses fables peuplées de bouvreuils, guêpes, taupes, jardiniers et autres abeilles ?
Il est certain qu’il tire de la nature un enseignement qu’il nous livre avec gaité et tendresse.
Et c’est au thym qu’il fait honneur dans cette courte fable extraite d’un recueil publié à la fin de sa vie, dans laquelle il prête à juste raison des vertus solides et tenaces au modeste arbrisseau.
Le thym est en effet reconnu pour ses vertus toniques et antiseptiques.

Son nom fait référence à son parfum camphré bien connu de nos cuisines et qui embaume nos plats de notes provençales. En effet, Thumon signifie en grec parfum et offrande que l’on brûle.

En plus de son utilisation en cuisine, le thym offre au jardin un superbe massif au feuillage persistant de couleur gris vert et qui se pare au printemps de délicates fleurs rosées ou violettes. En y prêtant attention vous découvrirez la forme surprenante de ces fleurs caractéristiques des lamiacées. Elles attirent au printemps de nombreux pollinisateurs et abeilles qui viennent se délecter de l’abondant nectar. Elles ne sont pas les seules à s’en régaler car bon nombre d’entre nous consomment le miel issu des fleurs de thym, si réconfortant pendant l’hiver.

Vous trouverez au Conservatoire des Plantes plusieurs espèces de Thyms aux odeurs surprenantes comme le Thymus x citriodorus à odeur de citron ou encore le Thymus mastichina à odeur d’eucalyptus.

Le Lierre, s’il est moqué dans cette fable pour son excès d’orgueil pourrait cependant faire l’objet de beaux poèmes. On prête bien des défauts à cette liane grimpante, qui promet gîte et couvert à une myriade de petits animaux et insectes lorsque vient l’hiver. Tressé en couronne le lierre symbolisait autrefois une fonction sociale. Dans l’antiquité une couronne de lierre ornait la tête des poètes en guise de récompense. La figure de Bacchus, dieu du vin, est représentée dans la mythologie romaine avec une couronne de lierre tressé. Les romains attribuaient à cette liane portée au front des vertus censées atténuer les effets de l’alcool.  A la source de mythes et symbole on le retrouve également comme ingrédient pour la confection de remèdes ancestraux.

Amis de la nature et de la poésie, entendez donc cet adage : mettre en concurrence Lierre et Thym est bien vain, tant ils offrent tous deux mille plaisirs au jardin.

 

Sources : Au royaume secret du Lierre – Bernard Bertrand- Edition Terran